Les livres philosophiques pour l’été, 2

Plus de la joie, 2
Voici quelques textes confirmants les idées modernes du néerlandais philosophe Baruch Spinoza:

—-Baruch Spinoza. CB. L’Ethique
L’Amour
La critique de l’amour, effectuée par Spinoza dans le cadre de
sa théorie générale des affects, ne constitue pas le moins du
monde a condamner l’amour en le faisant découler de
l’imagination et de la passivité.
Elle consiste, bien au contraire, a distinguer un amour purement
imaginaire et passionnel, source de toutes les servitudes, et un
amour véritable.

—-Livre II
Proposition 40, Scolie 2
De tout ce qu’on vient de dire, il ressort clairement que nous percevons de nombreuses choses et
que nous formons des notions universelles de plusieurs façons :
1) A partir des choses singulieres qui nous sont représentées par les sens d’une maniere mutilée,
confuse, et sans ordre valable pour l’entendement (voir le Corol. de la Prop.29). C’est pourquoi j’ai
l’habitude d’appeler ces perceptions: connaissance par expérience vague.
A partir des signes, quand, par exemple, apres avoir lu ou entendu certains mots, nous nous
souvenons des choses et nous en formons certaines idées semblables a celles par lesquelles
nous imaginons les objets (voir le Scol. de la Prop.18). Ces deux façons de saisir les choses, je les
appellerai désormais connaissance du premier genre, opinion ou Imagination.
2) Et enfin, du fait que nous avons des notions communes, et des idées adéquates des propriétés
des choses (voir le Corol. de la Prop. 38, la Prop.39 et son corol, et la Prop. 40). J’appellerai
Raison et connaissance du second genre cette façon de saisir les choses.
Outre ces deux genres de connaissances, il en existe un troisieme, comme je le montrerai plus
loin, et que nous appellerons la Science intuitive. Ce genre de connaissance procede de l’idée
adéquate de l’essence formelle de certains attributs de Dieu a la connaissance adéquate de
l’essence des choses.
J’expliquerai tout cela par un seul exemple : trois nombres étant donnés, il s’agit d’en déterminer
un quatrieme qui soit au troisieme comme le second au premier. Les commerçants n’hésiteront
pas a multiplier le second par le troisieme et a diviser le produit par le premier; c’est qu’ils n’ont pas
oublié ce qu’ils ont entendu de leurs maîtres sans démonstration, ou qu’ils ont souvent
expérimenté cette vérité sur des nombres simples, ou enfin qu’ils appliquent la démonstration de la
Proposition 19 du livre VII d’Euclide, c’est-a- dire la propriété commune des nombres
proportionnels. Mais pour des nombres tres simples, rien de tout cela n’est nécessaire. Soit, par
exemple, les nombres 1, 2, 3 : il n’est personne qui ne voie que le quatrieme nombre proportionnel
est 6, et cela d’une maniere beaucoup plus claire, puisque, c’est de la relation meme entre le
premier nombre et le second, en tant que nous la saisissons en une seule intuition, que nous
concluons le quatrieme.
(Baruch Spinoza, Éthique, Traduit par Robert Misrahi, Editions de l’Eclat, 2005,
Robert Misrahi, 100 mots sur L’Ethique de Spinoza, Les empecheurs de penser en rond, 2005)

—-Baruch Spinoza. CB.
L’Ethique
Les 3 genres de connaissance
Spinoza distingue trois genres de connaissance. Celle du
premier genre est empiriste et sensualiste, c’est une apparence
a la source de toutes les illusions.
Celle du deuxieme genre est rationnelle, elle procede par
enchaînement déductif.
Mais la connaissance supreme est celle du troisieme genre: la
Science intuitive, elle n’a rien de mystique, c’est une
appréhension intellectuelle immédiate du lien entre les réalités
singulieres et la Nature infinie qui les fonde.

—-Livre IV
Proposition 45, Corollaire 2, Scolie
Tel est mon principe et telle ma conviction. Aucune divinité, nul autre qu’un envieux ne se réjouit
de mon impuissance et de ma peine, et nul autre ne tient pour vertu nos larmes, nos sanglots,
notre peur, et toutes ces manifestations qui sont le signe d’une impuissance de l’âme; bien au
contraire, plus grande est la Joie dont nous sommes affectés, plus grande est la perfection a
laquelle nous passons, c’est-a-dire plus il est nécessaire que nous participions de la nature divine.
Il appartient a l’homme sage d’user des choses, d’y prendre plaisir autant qu’il est possible (non
certes jusqu’a la nausée, ce qui n’est plus prendre plaisir).
Il appartient a l’homme sage, dis-je, d’utiliser pour la réparation de ses forces et pour sa
recréation des aliments et des boissons agréables en quantité mesurée, mais aussi des parfums,
l’agrément des plantes vives, la parure, la musique, les exercices physiques, le théâtre et tous les
biens de ce genre dont chacun peut user sans aucun dommage pour l’autre.
Proposition 50, Corollaire, Scolie
Qui sait correctement que tout suit de la nature divine et se fait suivant les lois et regles éternelles
de la nature, a coup sur ne trouvera rien qui soit digne de Haine, de Rire, ou de Mésestime, et
n’aura de pitié pour personne ; mais aussi loin que porte la vertu de l’homme, il s’efforcera autant
qu’il le peut de bien agir et d’etre dans la Joie.
( Baruch Spinoza, Éthique, Traduit par Robert Misrahi, Editions de l’Eclat, 2005,
Robert Misrahi, 100 mots sur L’Ethique de Spinoza, Les empecheurs de penser en rond, 2005)
Baruch Spinoza. CB.
L’Ethique
Vertu de la jouissance
L’éthique spinoziste découle directement de ce fait
anthropologique: la raison ne commande rien d’autre que de
conserver son etre et accroître sa joie (IV, 18, Scolie).

—-Livre III
Définition 3
J’entends par Affect les affections du Corps par lesquelles sa puissance d’agir est accrue ou
réduite, secondée ou réprimée, et en meme temps que ces affections leurs idées.
(Baruch Spinoza, Éthique, Traduit par Robert Misrahi, Editions de l’Eclat, 2005,
Robert Misrahi, 100 mots sur L’Ethique de Spinoza, Les empecheurs de penser en rond, 2005)
Baruch Spinoza. CB. L’Ethique, Les Affects, L’affect est le contenu conscient et vécu, correspondant a une
modification, a une transformation locale ou globale du corps.
L’affect exprime donc ou incarne exactement la nature de
l’homme : il est l’unité indissociable de ces deux aspects de sa
réalité, le corps et l’esprit.

—-Proposition IV: Il est impossible que l’homme ne soit pas une partie de la nature, et qu’il ne
puisse souffrir d’autres changements que ceux qui se peuvent concevoir par sa seule nature
et dont il est la cause adéquate.
Démonstration: La puissance par laquelle les choses particulieres, et partant l’homme,
conservent leur etre, c’est la puissance meme de Dieu ou de la nature, non pas en tant
qu’infinie, mais en tant qu’elle se peut expliquer par l’essence actuelle de l’homme. Ainsi
donc, la puissance de l’homme, en tant qu’on l’explique par son essence actuelle, est une
partie de la puissance infinie, c’est-a-dire de l’essence de Dieu ou de la nature. Voila le
premier point. En second lieu, si l’homme ne pouvait souffrir d’autres changements que ceux
qui se peuvent concevoir par la nature meme de l’homme, il s’ensuivrait qu’il ne pourrait périr
et qu’il devrait exister toujours ; et cela devrait résulter d’une cause soit finie, soit infinie, c’est
a savoir ou bien de la seule puissance de l’homme qui serait capable d’écarter de soi tous
les changements dont le principe est dans les causes extérieures, ou bien de la puissance
infinie de la nature, qui dirigerait de telle façon toutes les choses particulieres que l’homme
ne pourrait souffrir d’autres changements que ceux qui servent a sa conservation. Or, la
premiere supposition est absurde (par la Proposition précédente dont la démonstration est
universelle et se peut appliquer a toutes les choses particulieres) ; si donc l’homme ne
pouvait souffrir d’autres changements que ceux qui se peuvent concevoir par sa seule
nature, et s’il était conséquemment nécessaire (comme on vient de le faire voir) qu’il existât
toujours, cela devrait résulter de la puissance infinie de Dieu ; et par suite (en vertu de la
Proposition 16, partie 1), de la nécessité de la nature divine, en tant qu’elle est affectée de
l’idée d’un certain homme, devrait se déduire l’ordre de toute la nature, en tant qu’elle est
conçue sous les attributs de l’étendue et de la pensée ; d’ou il s’ensuivrait (par la Proposition
21, partie 2) que l’homme serait infini, ce qui est absurde (par la premiere partie de cette
Démonstration). Il est donc impossible que l’homme n’éprouve d’autres changements que
ceux dont il est la cause adéquate. C. Q. F. D.
Corollaire : Il suit de la que l’homme est nécessairement toujours soumis aux passions, qu’il
suit l’ordre commun de la nature et y obéit et s’y accommode, autant que la nature des
choses l’exige. (Source: Traduction d’Emile Saisset, éditions Charpentier, Paris, 1872.)

—-Premiere édition du Traité Théologico-Politique de Spinoza, annotée par l’auteur.
Baruch Spinoza Éthique
Partie IV : De l’esclavage de l’homme ou de la force des
passions. Traduction de E. Saisset, 1842.
DEUS SIVE NATURA : Dieu ou la nature
Cette célebre expression de Spinoza saisit en trois mots l’un
des points essentiels de la pensée de l’auteur : la conception
d’une divinité immanente et faisant un avec la nature. Il y a pour
Spinoza unité de substance, ayant tous les attributs et non pas
dualité. Cette expression lui a valu des accusations de panthéisme, et
pire, d’athéisme.

—-PROPOSITION VI
Toute chose, autant qu’il est en elle, s’efforce de persévérer dans son etre.
Démonstration : En effet, les choses particulieres sont des modes qui expriment les attributs de
Dieu d’une certaine façon déterminée (par le Corollaire de la Propos. 25, partie 1), c’est-a-dire (par
la Propos. 34, partie 1) des choses qui expriment d’une certaine façon déterminée la puissance
divine par qui Dieu est et agit. De plus, aucune chose n’a en soi rien qui la puisse détruire, rien qui
supprime son existence (par la Propos. 4, partie 3) ; au contraire, elle est opposée a tout ce qui
peut détruire son existence (par la Propos. précéd.), et par conséquent, elle s’efforce, autant qu’il
est en elle, de persévérer dans son etre. C. Q. F. D.

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